L'atelier auto

  • Auger Philippe
  • Histoire


Acte 1 - La renault 4 Sinpar

 

 

Dans un groupement du centre de la France (vaste aire géographique) "sévit" un chef d'atelier particulièrement apprécié des personnels des brigades. Gare à celui qui amène un véhicule sans demande de réparation correctement remplie, enregistrée et tamponnée ou celui qui a eu l'étourderie de ne pas vérifier le niveau d'eau dans la batterie ou celui de l'huile moteur (car c'est bien connu, c'est le genre de détail qui explique que la porte coulissante du traffic tombe dès qu'on l'ouvre ou que le parallélisme de la 4L est mauvais entraînant une usure anormale des pneumatiques).

 

Bref, un charmant militaire, toujours ouvert au dialogue et prêt à rendre service. Tout jeune gradé, mon patron m'envoie au groupement avec un gendarme pour "montrer" la renault 4 Sinpar à l'atelier.

La voiture n'est plus toute jeune mais, surtout, à la facheuse tendance à rester roues bloquées dès que l'on veut crabotter, dommage pour un 4X4. Nous voilà donc, après une heure de route, au fameux atelier.

"Frère sourire" n'est pas là mais l'adjoint n'a pas l'air plus aimable. Explications en long et en large sur nos problèmes avec la R4.

 

"Vous avez la demande de réparation?";

"Tout a fait, un exemplaire avec moi et l'autre qui a été transmis la semaine dernière au groupement par courrier".

 

Flute, il va être obligé de regarder cette fichue voiture (le petit jeu étant de trouver un moyen réglementaire de ne pas prendre le véhicule...).

 

"Ben voyons, faudrait peut être apprendre à vous en servir correctement! Je vais vous montrer!".

 

Il saute dans la voiture, propre, se calant bien au fond du siège avec son bleu de travail, moyennement propre. (on n'utilise pas de housse plastique pour protéger le siège conducteur à cette époque. Donc, à moins d'aimer le cambouis sur les chemises bleues, toujours vérifier l'état de la ceinture de sécurité et du siège avant de reprendre un véhicule à l'atelier!)

Il démarre, enclenche le crabot et essaie d'avancer. La voiture est "collée" au sol.

 

"Ben merde alors, on peut pas avancer!".

"C'est exactement ce que l'on vient de t'expliquer!" lui lance l'ancien.

"De toutes manières, vous, en brigade, vous n'êtes bons qu'à bousiller le matériel!" nous lache notre sympathique mécanicien (Oui, là c'est l'ultime argument).

 

Les véhicules sont au dessus de tout reproche, leur entretien aussi. Reste la faute commise par l'utilisateur, nous sommes habitués à ce refrain). Nous héritons d'une R4 "volante", non pas qu'elle soit homologuée par l'aviation civile, mais non affectée en unité et "volant" de brigade en brigade pour palier les pannes et immobilisations diverses. A nous de jouer : démontage des éléments radio de la station TMF623 et remontage dans l'autre véhicule, déménagement de tout notre petit matériel et... vérification propreté du poste de conduite!

Nous ne reverrons jamais notre R4 Sinpar.

 

 

 

Acte 2 - Le trafic réformé

 

 

Lors d'une intervention, alors que la patrouille file sur la nationale au "deux tons-gyro", un camion dont la conducteur n'a rien vu ni entendu, tourne à gauche au moment où le trafic le dépasse. Pas de blessé mais tout l'avant droit du fourgon est enfoncé.

 

A plus de 120.000km, il ne sera pasn réparé mais réformé et échangé contre un autre trafic qui n'a que... 130.000km. Je me rends au groupement quelques semaines plus tard avec un GA (à l'époque, c'est encore des GA). Comme à l'habitude, je passe dans tous les services pour ramener le maximum de courrier et de matériel pour ma compagnie. C'est ainsi que je fais une halte à l'atelier où "frère sourire" m'accueille.

 

"Bon, j'ai terminé le dossier de réforme pour "ton" trafic. Par contre, vous avez perdu du matériel! Il n'y a plus ni roue de secours, ni cric et c'est pas normal!".

 

Je connais mes gendarmes et suis sur que rien n'a pu disparaitre. je file sur le parc et ouvre "mon" trafic. rapide coup d'oeil sous les sièges : la roue de secours a été posée à plat, avec le cric.

Certes, elle n'est plus au bon endroit mais il ne va pas en faire un plat. J'appelle mon charmant camarade et lui fait constater que les accessoires soit-disant manquants sont bien dans le véhicule (j'avoue que je commence à être très légèrement agacé par les accusations du chef d'atelier).

 

"Ha, ouais, je vois. Mais il manque aussi le strapontin de la première banquette et c'est pas normal!".

Là, effectivement, il manque le strapontin à ce véhicule rendu impropre à la circulation et qui va être vendu à l'état d'épave aux domaines. Les mots d'oiseaux commencent à fuser car j'ai vraiment autre chose à faire qu'une enquête sur la disparition d'un strapontin dont tout le monde, y compris le cgef d'atelier, se moquait quand le véhicule était en service. Je soutiens que c'est l'atelier qui l'a démonté et j'envoie sur les roses, ce qui est loin dêtre dans mes habitudes, le chef d'atelier. Mon GA n'a pas pipé mot et il me faudra l'heure de route du retour pour me calmer. Arrivé à l'unité, le GA me lance

 

"Chef, le strapontin est dans le garage de la brigade. Comme il était cassé et que personne ne voulait le réparer, le CB a donné l'ordre de l'enlever".

"Pouquoi vous ne me l'avez pas dit quand nous étions à l'atelier?".

"Ben vous êtiez tellement en colère que je n'ai pas osé".

 

Et là, j'ai fait exécuter la seule destruction de preuve matérielle que l'on pourra jamais me reprocher. J'ai envoyé le strapontin à la casse! Coté prositif de cette affaire : "frère sourire" ne m'a plus jamais ennuyé!

J'appris, bien plus tard, que "des amis" se portaient acquerreurs des véhicules réformés et qu'ils leur arrivait de matérialiser leur gratitude. Encore des ragots.

 

 

 

Acte 3 - Changement de chef


 

 

Je reviens de permission. Une des Renault 4 doit passer en révision. Je tape la demande de réparation. J'appelle l'atelier auto pour savoir quand le véhicule pourrait être pris en compte.

 

"Bonjour, l'adjudant X, chef de ltelier auto", la voix est presque chantante. "Bonjour, J'appelle pour savoir si vous pouvez nous prendre une R4 pour une révision".

"Bien sur, quand êtes-vous disponible?". Là, je ne comprends plus rien. D'habitude on s'entend répondre que "nous, en brigade" on attend toujours le dernier moment pour les entretiens (ce qui n'est pas toujours faux..) etc....

 

En fait, "frère sourire" est parti et le nouveau patron a une autre vue des relations avec les unités. S'en suivront de belles années de franche coopération et de véritable soutien aux unités. Même l'accueil à l'atelier a changé à partir de ce moment.

 


auto école 23/08/2014 16:14

c'est un métier noble, merci pour votre témoignage

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