Comment se faire remonter les bretelles ?

  • Auger Philippe
  • Histoire

"Comment se faire remonter les bretelles" ou quelles étaient les relations de commandement il y a presque trente ans !

 

 

Acte 1 - De l'importance des statistiques.

 

 

Jeune OPJ, mon commandant de brigade me désigne systématiquement chef de patrouille, même avec un gendarme plus ancien.

"vous voulez être gradé! Ca vous servira, vous verrez!".

On ne discute pas les ordres du "vieux".

Nous quittons la brigade, en zone urbaine, à 07 heures 30, et nous dirigeons vers les communes environnantes, notre cironscription. Au loin, sur la route, une femme fait des gestes et veut manifestement stopper l'estafette. Elle est choquée, nous explique qu'un des pensionnaires de son établissement est absent depuis hier soir. Tout le personnel s'est mis à sa recherche et c'est elle qui vient de découvrir le corps, en contrebas de la route.

Nous descendons immédiatement jusqu'à la victime mais il est trop tard. La mort remonte manifestement à plusieurs heures.

 

Nous constatons une trace de freinage sur l'accotement herbeux et des débris de verre. La collision avec un véhicule parait évidente, mais dans quelles circonstances?

Nous vérifions la localisation des faits et, nous trouvant en zone police, faisons prévenir le commissariat local par l'intermédiaire de la brigade. Une patrouille de ce service nous retrouve rapidement sur les lieux. Nous faisons part de nos premières observations et quittons le dispositif.

Sombre affaire !

 

En arrivant dans la commune voisine, nous allons directement voir le garagiste. Il s'agit pour le moins d'un délit de fuite et il est bon de faire circuler l'information.

"Ben par exemple ! J'ai une cliente qui a eu un accident hier soir. Le dépanneur de permanence m'a déposé le véhicule ce matin".

Nous vérifions aussitôt la voiture. Choc frontal, un phare cassé, des cheveux dans les restes du pare-brise. La relation est faite. Nouvel appel radio à la brigade pour faire prévenir le commissariat (je rappelle que les téléphones portables n'existaient pas encore !).

Entre temps, déplacement du Procureur de la République sur les lieux car l'affaire avait pris de l'ampleur. De notre coté, une fois nous être assurés que tout était en ordre et après avoir été rejoints par nos homologues de la police, nous sommes repartis en patrouille, traiter "nos" dossiers.

 

De retour à l'unité, le "vieux" m'appelle dans son bureau. Je lui rapporte en détails les résultats obtenus.

"Vous irez voir le capitaine en début d'après-midi".

 

J'arrive évidemment en avance car on ne badine pas avec les horaires !

Le capitaine me toise.

"Pourquoi ne vous êtes-vous pas saisi de cette affaire ? Vous vous rendez compte ! Dans le temps de la flagrance ! C'était bon pour les statistiques de la compagnie, etc.." et je me prends une "avoinée".

Quant une affaire est résolue, tout le monde vous félicite... ou presque.

 

 

 

Acte 2 - Comment expliquer tout et son contraire.

 

 

 

Nous sommes en été et, la chaleur aidant, toute la brigade porte la tenue avec chemise col ouvert et manches retroussées. La Capitaine arrive comme une furie dans le bureau de l'unité (nous sommes au rez-de-chausée, groupement au premier, compagnie au second). Personne ne l'a vu venir et je n'ai pas le temps de me lever de mon bureau.

"Alors, on ne se lève même plus pour saluer un officier !" et sans arrêter il continue vers le bureau du "vieux". La porte claque, on entend quelques échanges sans pouvoir les comprendre d'ailleurs.

Le capitaine repart aussi furibond qu'il est arrivé. L'incident a duré moins d'une minute. Le calme revient. Les machines à écrire recommencent à crépiter. Le CB entre dans notre bureau et, d'un calme olympien, nous lache

"le capitaine souhaite que le personnel porte la chemise avec cravate et manches baissées".

Tout le monde se met, aussitôt, dans la tenue commandée sans chercher à discuter. D'ailleurs, à cette époque, on ne discute pas avec le capitaine !

 

L'après midi, nous somme appelés en renfort d'une patrouille de l'unité. Il faut venir avec le SG2 de la compagnie suite à une perquisition dans les caves d'un immeuble. Nous allons y passer plusieurs heures. C'est des dizaines de cyclomoteurs volés que nous allons remonter et charger dans le camion. Nous sommes en sueur mais toujours dans la tenue imposée le matin même. Cette belle affaire (en tous cas pour l'époque) avec les interpellations qui vont avec, a conduit le capitaine à nous gratifier de sa présence sur les lieux.

Nous voyant en pleine action il nous lache

"vous ne seriez pas mieux sans cravate?".

Hé oui, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

 

 

 

Acte3 - La valeur de l'exemple ou le chef a toujours raison.

 

 

 

Foire de Pâques : huit jours de service sur le site de la foire exposition dont le terrain est situé en dehors de l'aglomeration chef-lieu de département. Postes de régulation sur les axes qui y mènent, jalonnement dans les parkings et surveillance du site. En règle générale, celà coïncide avec la saison humide : pluies éparses laissant aparaître quelques éclaircies.

Bref, il mouille, il ne mouille plus, il mouille....

 

Nous sommes encore dotés du magnifique imperméable noir pour personnel non officier et les gendarmes auxiliaires de l'imperméable de combat en toile caoutchoutée verte !

Inutile de dire que nous nous débarrassons très vite de cet effet, aussi confortable que moche, dès que possible. Passage du commandant de compagnie sur le dispositif. Il épingle un GA qui, gérant un flot continu de véhiculer dans un carrefour, n'a pas pris de temps de reboutonner son bel imperméable. Le couperet tombe !

 

Je suis convoqué le soir même par le CB. Il me rapporte l'incident et m'indique qu'en qualité d'adjoint au responsable du détachement GA, je mettrai en place pour 07 heures 00 le lendemain, l'ensemble des militaires appelés sur les rangs, en arme, dans la cour d'honneur. Ca ressemble presque à un peloton d'exécution....

 

A l'heure dite, mon détachement présente les armes au Capitaine qui, bien que portant son imperméable, ne l'a pas boutonné ! Nous avons droit à une petite remontée de bretelles accompagnée d'un

"En service à l'extérieur, ne faites pas comme moi ! Votre imperméable doit être boutonné ! Faites rompre les rangs !"

 

 Des esprits chagrins diront que j'en veux à ma hiérarchie, d'autres ne me croiront tout simplement pas. Pourtant, il s'agit bien de faits réels mais qui restent, comme le sujet, anecdotiques.

Je conserve d'ailleurs, à l'égard de la majorité de mes chefs, plus que du respect. J'en parlerai sans doute une autre fois.


marty - marechaussee 05/02/2011 03:39


Bonjour à tous les membres de l' APTG ! je viens de découvrir votre blog et votre association par le biais de l'APP (Amicale Police Patrimoine) et je dois dire que je suis admiratif de tout le
travail réalisé avec passion pour faire vivre le patrimoine de la Gendarmerie Nationale !

Je suis également passionné de la Gendarmerie, plus particulièrement pedant la période années 1930 à 1950, je fait également de la figuration historique en tant que gendarme FFI de temps en
temps,

au plaisir de vous rencontrer un jour, si je le peux, lors de la locomotino en fête !

bonne continuation à l'APTG !


Marty - Maréchaussée

http://marechaussee.skyrock.com/


APTG © 2017 - Association médaillée par l'UNPRG le 26/12/2011 -  Hébergé par Overblog