Le commandement de la gendarmerie à Saint-Pierre et Miquelon (1905-1936)

  • Michel GERMAIN
  • Histoire
Le commandement de la gendarmerie à Saint-Pierre et Miquelon (1905-1936)

Par suite de la suppression, en 1906 du poste de maréchal des logis chef, le Mdc/chef Joseph ROCHET est rétrogradé au grade de maréchal des logis, fait rarissime dans les annales de la gendarmerie. L'effectif est réduit par décret du 28 septembre 1906. Un gendarme est supprimé au poste de Langlade. Il reste alors à Saint-Pierre un maréchal des logis, un brigadier et huit gendarmes. Miquelon et l'île aux chiens conservent leur effectif (décision de l'administrateur des colonies de Saint-Pierre et Miquelon du 3 décembre).

Le 28 novembre 1908, le croiseur français « Amiral Aube » jeta l’ancre dans la rade de Saint-Pierre. Le croiseur avait à son bord Monsieur Didelot Administrateur des Colonies. Faisant suite à la loi Combres, relative à la laïcisation et à la liberté de l’Enseignement, plusieurs manifestations s ‘organisèrent à Saint-Pierre où la foule défila dans les rues. Le gouverneur de la colonie exagérant le péril, crut bon de demander au Département l’envoi d’un bateau de guerre pour rétablir l’ordre et assurer sa sécurité. Quand le commandant du croiseur, son état-major et le nouvel administrateur débarquèrent, ils s’aperçurent immédiatement que la présence du croiseur à cette époque sur la rade ne se justifiait pas.
Néanmoins chaque après-midi, avant la chute du jour, une grosse chaloupe à vapeur quittait le croiseur, emportant à son bord une patrouille de marins qui assurait le service d’ordre pendant la nuit et regagnait le croiseur dans la matinée du lendemain.
Le 14 décembre, une chaloupe à vapeur dans laquelle avaient pris place sept hommes quitta le croiseur vers 17 heures. Le vent ce jour-là, soufflait très fort du Sud-Ouest et il était accompagné de très fortes bourrasques de neige, que les Saint-Pierrais nomment « poudrin ». Cette chaloupe n’arriva pas à sa destination, le barachois de Saint-Pierre. Des les premières heures de la matinée du lendemain, les secours et les recherches s’organisèrent tant du croiseur que parmi les habitants dont un grand nombre possédait des embarcations. Toutes ces recherches s’avérèrent vaines et pour cette chaloupe on employa la terminologie hélas trop souvent répétée « perdue corps et biens ».
Le Commandant du croiseur promit une prime importante à celui qui trouverait la chaloupe. Les recherches furent reprises par quelques embarcations. Un pêcheur de l’Ile aux Chiens, Louis Arondel, eut l’idée d’adapter un verre de compas sur un tuyau de tôle d’environ 1,50 m de longueur. Avec cette sorte de loupe qui lui permettait, même avec une petite brise de faire des recherches, il se mit de nouveau en campagne. Dés le premier jour, en inspectant le fond entre le croiseur et l’Ile Massacre, il vit la chaloupe à environ 500 mètres de cette île, qui reposait sur le fond. Une bouée de liège, préparée à cet effet, fut jetée à l’eau au-dessus de l’épave, et le pêcheur alla immédiatement prévenir le commandant du croiseur.
Le commandant du navire de guerre donna immédiatement des ordres pour que la chaloupe soit récupérée dans les plus brefs délais. Le lendemain le temps étant favorable, une équipe dotée des apparaux de levage du croiseur releva la chaloupe. Celle-ci était intacte, mais hélas les sept occupants manquaient à l’appel et leurs corps ne furent jamais retrouvés. On décerna au pêcheur de l’Ile aux Chiens, la prime convenue ainsi qu’un témoignage de satisfaction. Le haut fonctionnaire qui avait demandé la venue du croiseur fut rappelé en France. Néanmoins cette décision disciplinaire ne pouvait rendre la vie aux sept marins disparus de façon aussi stupide.

Le 25 septembre 1910, le maréchal des logis ROCHET passait le commandement au brigadier Adolphe MAUFFROY qui, promu maréchal des logis, vit le 03 septembre 1913 réduire l'effectif du chef-lieu de trois gendarmes. Il restait donc un maréchal des logis, un brigadier et cinq gendarmes à Saint-Pierre, un gendarme à Miquelon, un à Langlade et un à l'île aux chiens.
Cette variation des effectifs de la gendarmerie correspond à la chute de l'économie Saint-Pierraise du début du siècle. D'autre part, l'augmentation des tarifs de solde serait de nature à provoquer encore un accroissement des crédits affectés à ce service dans le budget de la colonie.

Le 29 mars 1913, la goélette américaine « Massachusetts » s'échoue au Petit Cap Noir.
La perte de la goélette américaine « Massachusetts » est relatée dans un rapport officiel dressé par deux gendarmes de Saint-Pierre se nommant François Loup et Eugène Gicquel.
« Ayant appris qu’un navire s’était échoué à un endroit nommé Petit Cap Noir, nous nous sommes rendus sur les lieux du naufrage de la goélette de pêche américaine qui était échouée à environ 6 mètres de la côte.
Le navire était continuellement balayé par d’énormes vagues et il nous a semblé que ce bateau avait terriblement souffert. Nous avons pensé que ce navire ne pouvait plus être sauvé. Au moment où nous sommes arrivés sur les lieux du naufrage, l’équipage avait déjà quitté le bord ; il ne nous semblait pas qu’il puisse être en danger.
Nous avons immédiatement effectué des recherches pour retrouver le capitaine. Il était dans un bar. Nous l’avons questionné et il nous a déclaré ce qui suit :
« Je suis sorti du port de Saint-Pierre, mais arrivé au large, j’ai constaté que le vent n’était pas favorable. De plus, j’avais oublié des papiers chez l’agent, Messieurs Folquet Frères. J’ai donc décidé de revenir au port. Mais au moment de la manœuvre qui consistait à virer de bord, le bateau n’a pas répondu et poussé par le courant très fort à l’entrée de la passe et le vent, le navire est venu s’échouer sur la pointe du Cap Noir. Avec mes 12 hommes formant mon équipage, et moi-même, nous avons réussi à gagner la terre sans le moindre incident. Mon navire est assuré mais j’ignore totalement dans quelle société. J’estime que mon bateau doit être considéré perte totale, sa cargaison se composant de 180 quintaux de morue salée ».
Le capitaine Angus Hines ajouta :
« Le bateau était âgé de 12 ans, et était immatriculé à Gloucester (U.S.A.). Il appartenait à la Gordon Pew Fisheries de ce même port ».

01.07.1913 : Le gendarme FARDEL, chef de poste de LANGLADE, adresse un courrier à l’administrateur des îles de St Pierre et Miquelon : 
" J’ai l’honneur de vous informer que dans la soirée du cinq courant la dune de LANGLADE s’est rompue au lieu-dit " le goulé " ainsi nous nous trouvions séparés de MIQUELON. Si le mauvais temps avait continué quelques jours de plus, la ferme de Mr OLLIVIER et celles de " La Chapelle " auraient été inondées surtout pour celles de " La Chapelle " dont leur position devenaient critiques un moment donné. Néanmoins, le milieu de la dune est très peu élevé au-dessus du niveau de la mer et quand cette dernière est à son plein, il faut très peu pour qu’elle ne passe de l’est à l’ouest. "

L'effectif du détachement, fixé par le décret du 3 décembre 1913, est hors proportion avec la population actuelle de la colonie et ses besoins.
En effet, le rôle principal de la gendarmerie à Saint-Pierre et Miquelon qui consiste en la police de la navigation, devient de moins en moins difficile par suite de la disparition progressive des armements locaux et de la substitution à la goélette à voile dont l'équipage était mal recruté, du chalutier à vapeur dont le personnel est plus discipliné.
Donc l'effectif est encore une fois diminué, et passe en ce 22 février 1916, à un maréchal de logis ou un brigadier comme commandant et six gendarmes à pied.

Le journal officiel de la colonie fait mention le 04 juillet 1925 d'un effectif de onze, soit : un adjudant et huit gendarme à Saint-Pierre, un gendarme à Miquelon et un gendarme à l'île aux chiens.

Le 28 août 1926 l'effectif est à nouveau réduit et se compose ainsi : un adjudant et sept gendarmes à Saint-Pierre, les postes de Miquelon et de l'île aux chiens sont supprimés.

02 mai 1931
L'île aux chiens, par suite de nombreuses réclamations de ses habitants, devient l'île Aux Marins. Au début de la colonisation cette île s'appelait l'île aux Grouésillles. Elle devint par la suite île aux chiens, ce qui ne faisait pas toujours plaisir aux habitants.

Un chinois porteur d'un paquet de 7 kg d'opium enveloppé dans une feuille de varec, est appréhendé le 14 août 1932, par les gendarmes. Il est incarcéré immédiatement.

07.04.1933 : Il est créé à MIQUELON, circonscription de la grande et de la petite MIQUELON, un poste permanent de la gendarmerie à l’effectif d’une unité prélevée sur l’effectif du détachement en résidence à ST PIERRE.

Par décret du 08 septembre 1934, l'effectif du détachement de gendarmerie est le suivant : Saint-Pierre : un adjudant-chef ou adjudant, un maréchal des logis chef et cinq gendarmes, Miquelon, un gendarme. 
Le poste de Miquelon après avoir été rétabli sera à nouveau supprimé le 12 juin 1936 par décision du chef du territoire. Il sera rétabli une nouvelle fois le 19 février 1942 par une nouvelle décision du chef du territoire. L'effectif est de 1 gendarme.

Le 21 mai 1936, à 13 heures 30, le dirigeable ZEPPELIN allemand "HINDENBURG" survole Saint-Pierre et disparaît vers l'Est.  Le 4 juillet 1938,  parti à 9 heures d'Halifax, il survole pour la seconde fois Saint-Pierre, à 300 mètres d'altitude, environ. Il disparaît bientôt en direction de l'est.

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