La Gendarmerie d'Alsace (2)

  • Michel GERMAIN
  • Histoire
La Gendarmerie d'Alsace (2)

LA RÉORGANISATION DE 1720.


En 1720, la dissolution de la Maréchaussée et la création de nouvelles compagnies modifient l'implantation des charges en Alsace. La justice prévôtale est maintenue, des compagnies à la solde de l'État sont créées et des brigades de 5 hommes sont réparties en résidences séparées de telle sorte que chacune ait 4 à 5 lieues à garder de chaque côté, sur chaque grande route. La Maréchaussée est placée sous la surveillance de hauts magistrats devant lesquels ses officiers doivent prêter serment.

Une compagnie est installée à Strasbourg sous l'autorité d'un prévôt général assisté d'un lieutenant et d'un exempt. Cette compagnie couvre la généralité d'Alsace, de Landau jusqu'à Belfort avec deux lieutenants, l'un à Strasbourg, l'autre à Colmar. Les effectifs sont de 3 exempts, 3 brigadiers, 3 sous-brigadiers, 36 archers et 1 trompette répartis en 9 brigades. 3 existent déjà, les 6 autres seront créées en 1732 à Cernay, Altkirch et Sélestat ; en 1733 à Haguenau, en 1734 à Belfort et en 1747 à Colmar.

L'organisation de la Maréchaussée d'Alsace apparaît comme suit, au baron de Luce, intendant d'Alsace, lors de son inspection en 1754 :
1 prévôt général, 2 lieutenants, 2 assesseurs, 2 procureurs du Roi, 2 greffiers, 3 exempts, 4 brigadiers, 3 sous-brigadiers, 35 cavaliers et 1 trompette pour 9 brigades.
D'autres brigades seront encore créées jusqu'à la veille de la Révolution. Entre 1779 et 1787 : Villageneuf, Benfeld, Ensisheim, Molsheim, Rhinau, Munster, Niederbronn et Artolsheim. Et l'implantation se poursuit. Ainsi le prévôt général de la Maréchaussée d'Alsace précise t-il le 30 juillet 1787 :
« La compagnie de Maréchaussée composée d'un prévôt général, de deux lieutenants, de 4 sous-lieutenants et de 20 brigades, d'un commun aveu n'est point assez nombreuse pour maintenir le bon ordre  et veiller de toute part avec célérité à la sureté publique ….  la nécessité d'une augmentation de 2 lieutenants, 4 sous-lieutenants, 2 assesseurs, 2 procureurs du Roi, 2 greffiers et de 20 brigades de manière que la compagnie composée aujourd'hui de 94 hommes, comptés les officiers, le serait de 186 par une augmentation de 92 hommes ».

il n'y a pas que l'implantation de la Maréchaussée qui évolue depuis 1720, la tenue change d'aspect elle aussi. La saye et le hoqueton fort impopulaires dans la troupe sont abandonnés en 1725 et la nouvelle tenue se compose dès lors d'un justaucorps de drap bleu doublé de rouge à parements rouges et aux boutons et galons d'argent, d'une veste et d'une culotte en drap de Sedan chamois, d'un manteau bleu à parements rouges et d'un chapeau bordé d'argent. Apparaissent aussi les aiguillettes de soie blanche, des insignes de grade, une cocarde noire, puis blanche en 1769 et, la même année, le justaucorps s'orne d'épaulettes.
L'équipement comprend une bandoulière de buffle, un ceinturon, des bottines replacées ultérieurement par des bottes et un fourreau bordé de soie blanche pour le pistolet. La housse du cheval est bleu foncé bordée de soie blanche.

LE DÉBUT DES BRIGADES.


Autre innovation de taille de l'ordonnance de 1720, les personnels doivent désormais habiter dans des locaux spéciaux. Ce ne sont pas encore les casernes mais cela y ressemble. Il faut, dès lors, trouver ou faire construire ces locaux qui doivent être habités gratuitement par les brigades, sans les familles. Celle-ci n'y seront admises que sous la Révolution. Là encore, le statut de ville libre de Strasbourg joue en défaveur de la Maréchaussée. On comprend que la cité, possédant sa propre police, ne se soit pas pressée de prendre en charge, une de plus, le logement de la Maréchaussée. Tout au plus propose t-elle, en 1722, d'allouer des indemnités de logement aux personnels concernés. Le problème traîne en longueur. De plus, en 1766, une ordonnance royale prescrit de faire résider les brigades de Maréchaussée dans les faubourgs des villes afin de faciliter la recherche des déserteurs à toute heure du jour et de la nuit. Effectivement, Strasbourg est encore ceinturée de vieilles murailles auxquelles s'ajoutent les récentes fortifications de Vauban. Les portes sont closes à 22 heures, après les coups sonnés par la cloche de la cathédrale. L'ouverture de ces portes, au cours de la nuit, est tout à fait exceptionnelle en n'est autorisée qu'après maintes formalités.

C'est en 1778, par une nouvelle ordonnance du Roi, que sont réellement instaurées les casernes. Elles comprennent chambres, mais aussi écuries, puits, cour, grande porte....  A Strasbourg, on s'en doute, les choses progressèrent peu. En 1781, le prévôt général, Monsieur de Berquen, se plaint de l'insuffisance des locaux et des loyers excessifs. Finalement, ce n'est qu'en 1786 que la décision est prise. La maison « Christian Bernhard » est achetée pour y loger deux brigades et le tribunal prévôtal. Le logement est en piteux état et le quartier n'est pas du tout agréable, mais la Maréchaussée de Strasbourg commence à se regrouper. Jusque là, elle était très dispersée un peu partout dans l'agglomération.
L'ordonnance de 1720 ne change rien aux conflits de compétence qu'occasionne le statut de ville libre de Strasbourg. Ainsi, en 1755, les assesseurs et officiers du siège de la Maréchaussée établis à Strasbourg se plaignent de la mainmise du Conseil d'Alsace sur le siège, contrairement aux privilèges du corps dont les officiers et les assesseurs doivent être reçus par le seul siège de la connétablie à Paris. Ils s'élèvent contre un arrêt du Conseil d'Alsace leur imposant une subordination dont ils étaient dispensés par les Édits et les déclarations du Roi. Ils ont donc recours à l'autorité royale pour régler leur conduite à cette occasion.

Rappelons que dès l'installation de la Maréchaussée en 1661, les officiers et assesseurs furent tenus de prêter serment tant au siège de la connétablie à Paris que devant le parlement de Metz dont ressortissait  alors l'Alsace. La réorganisation de 1720 stipule que seuls les prévôts et lieutenants doivent se faire recevoir au siège de la connétablie à Paris, puis une déclaration royale de 1726 exige qu'ils soient, en outre, inscrits au siège de la Maréchaussée du lieu de résidence du prévôt sans qu'il soit question pour eux de prêter serment au greffe des cours supérieurs. En effet, en Alsace il n'y avait ni présidiaux pour juger de la compétence des prévôts, ni sièges royaux pour juger des cas de compétence de la Maréchaussée. Une décision royale de 1722 ordonne que ces jugements de compétence continuent à être rendus par le Conseil Supérieur d'Alsace.
C'est de cette lacune et de ses conséquences vis-à-vis de leurs prérogatives dont se plaignent les officiers de la maréchaussée de Strasbourg dans leur mémoire.
Bien d'autres conflits d'attributions défrayent la chronique locale et il faut beaucoup de diplomatie pour occuper à cette époque les postes de responsabilité au sein de la Maréchaussée.
Néanmoins, la Maréchaussée d'Alsace en cette fin du XVIIIeme siècle vit intimement mêlée aux populations qui apprécient sa droiture militaire. D'ailleurs, ces populations et leurs responsables ne cesseront de réclamer l'augmentation des effectifs de la Maréchaussée. Dans cette révolution naissante, les représentants du Tiers-État souligneront dans leurs cahiers de doléances les services rendus par leur Maréchaussée, déclarée également « Corps le plus utile de la Nation ». en quelque années, la Maréchaussée s'est puissamment enracinée en Alsace, elle est désormais prête à devenir « GENDARMERIE ».

LA GENDARMERIE SUCCÈDE À LA MARÉCHAUSSÉE.

 

Dès 1787, le prévôt général Macquart déplore l'insuffisance numérique et qualitative de la « garde bourgeoise », survivance d'époque révolues. La révolution de 1789 va balayer toutes ces survivances des villes libres et instituer une Gendarmerie Nationale plus forte et mieux organisée.

Il est évident que la poignée de gradés et de cavaliers composant la Maréchaussée d'Alsace n'eut qu'un rôle  extrêmement limité dans les évènements révolutionnaires. Incapable de contrôler les masses populaires et les graves troubles public, elle se maintient dans une prudence neutralité tout en continuant à assurer avec zèle ses missions traditionnelles. Elle ne parut pas souffrir d'une quelconque animosité ou de quelques sévices que ce fût.

 

Elle subit les remous de l'époque qui, en fin de compte lui furent bénéfiques, puisque l'Assemblée Nationale concrétise, le 16 février 1791, la volonté populaire de maintenir cette Arme. Elle devient « gendarmerie Nationale » et la grenade d'argent, distinctive des cavaliers d'élite, vient remplacer les fleurs de lys sur le retroussis des habits.

D'autres part les généralités sont supprimées et les départements du Haut-Rhin et bas-Rhin voient le jour. Les trois pouvoirs sont désormais séparés et la justice prévôtale est abolie. La gendarmerie  d'Alsace relève désormais d'une part de la 16e division pour le Haut-Rhin, d'autre part de la 17e division pour le Bas-Rhin (chaque division regroupant trois départements). Ce découpage fait disparaitre l'ancienne mosaïque alsacienne, aussi est-il bien accueilli. Seule la répartition des 7 districts suscite des réclamations de la part des villes évincées.

 

Ainsi, en 1791, la gendarmerie d'Alsace est organisée en 7 districts : Bas-Rhin : Strasbourg, Haguenau, Wissembourg, Benfeld. Haut-Rhin : Colmar, Altkirch, Belfort. Les temps changent devant l'évolution du climat social, le ministre de la Guerre, Louis de Narbonne, ordonne directement aux colonels de gendarmerie concernés de procéder à la création de nouvelles brigades. Ainsi, le lieutenant-colonel Barrier, commandant la 16e division doit-il créer rondement une 2ème brigade à Colmar.

On est loin des atermoiements de l'ancien régime agonisant... pourtant, si la volonté politique existe, les circonstances imposeront parfois le retour à une attitude plus réaliste ou plus prudente.

 

à suivre.........

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