Historique de la Gendarmerie d'Alsace

  • Michel GERMAIN
  • Histoire
Historique de la Gendarmerie d'Alsace

L'UNION DE L'ALSACE A LA FRANCE.


C'est Louis XIII qui, sur les instances de Richelieu, décide en 1632 de « se fortifier à Metz et de s'avancer jusqu'à Strasbourg s'il est possible pour acquérir une entrée en Allemagne ». Très vite, le cardinal entame une procédure de pénétration de l'Alsace, l'Alsace qui est cependant toujours partie intégrante du Saint-Empire Germanique. Pour mener à bien cette entreprise, le cardinal propose la protection bienveillante du Roi de France aux autorités laïques et religieuses qui y détiennent le pouvoir politique. Ainsi, dès 1632, l'Archevèque-Électeur de Trèves, Évêque de Spire et le comte de Hanau-Lichtenberg se mettent sous la protection du Roi de France. Puis l'évêché de Strasbourg remet les villes de Haguenau et de Saverne au Maréchal de la Force, commandant l'Armée Royale. C'est ensuite au tour de Colmar de rejoindre le giron français. En 1635, le duc de Saxe-Weimar entre au service de la France comme Landgrave d'Alsace. A sa mort, en 1639, en patrimoine revient à la France ; ces faits sont confirmés par le traité de Westphalie (1648).

En 1636, la France est présente « Outre-Vosges » de Belfort à Landau et la route de Strasbourg est ouverte à la pénétration française. Ce n'est qu'en 1681, Louis XIV continuant l'oeuvre de son prédécesseur, que la province d'Alsace devient réalité avec le ralliement de la noblesse de Basse-Alsace, de l'évêché et de la ville de Strasbourg. L'Alsace fait alors partie intégrante du royaume de France mais le droit et le fait sont parfois éloignés et les autorités qui se sont mises sous la protection du roi de France ne sont pas prêtes à lui abandonner les prérogatives dont elles jouissaient jusque-là.

DU DROIT AU FAIT.
Les traités liant les villes libres ou la noblesse locale avec le Roi de France sont sans ambiguïté : « Touchant les affaires de l'État et de la Justice, ces villes seront conservées dans leurs droits, privilèges et coutumes comme elles l'ont été de tout temps sans aucun changement ». Les affaires de l'État et de la Justice sont donc laissées dans les mains de ceux qui les exerçaient jusque là.
Quant à la protection française, elle est surtout concrétisée par la présence militaire française ; là encore, les rapports entre les habitants et soldats sont abordés dans les traités et tout semble prévu pour éviter les abus.
Dès lors, point n'est besoin, semble t-il, d'une force dépendant du pouvoir central puisque chaque ville possède sa garde, ses sergents, chaque seigneurie sa prévôté ; quant à l'armée, elle possède sa justice particulière et expéditive.

L'AVENEMENT DES INTENDANTS.
Comme souvent en temps de guerre ou de troubles, c'est l'intendance qui prend le pas sur le pouvoir politique. Les misères et les disettes accompagnent cette période de transition, misères aggravées par l'arrivée de nombreuses troupes françaises. Le cardinal de Richelieu décide alors, sur les intendances de ses gouverneurs, de renforcer l'administration centrale en Alsace. Il met en place auprès des gouverneurs militaires des « intendants de police », justice et finances ». cet intendant deviendra très vite l'intendant de province omnipotent et fidèle serviteur du pouvoir central. Cependant de quels moyens dispose t-il, face aux chefs militaires ombrageux ou face aux magistrats des villes libres, indépendants et fier ?

LA NECESSITÉ DE CRÉER UNE FORCE PUBLIQUE.
La sécurité de la province était jusque là assurée par les villes elles-mêmes ou par les seigneurs. Les villes et seigneuries allaient jusqu'à former des alliances destinées à réprimer les désordres, garantir la liberté de circulation, défendre les populations contre les brigands.... Cependant, ces alliances ne suffisent plus à assurer la sécurité d'une province en période troublée, province de surcroît submergée de troupes. Les gouverneurs en ont bien conscience et le gouverneur de Haguenau, Colbert de Croissy, demande au Roi cette force indispensable pour « donner le respect et de la crainte aux officiers et soldats ». A plusieurs reprises, il formule sa demande. Ce n'est qu'en 1661 que son opiniâtreté sera récompensée.

LA NAISSANCE DE LA PRÉVOTÉ GÉNÉRALE.
En effet, le 19 novembre 1661, par un édit de Louis XIV, la prévôté générale voit le jour, adaptation à la province d'Alsace du système en vigueur dans le royaume. Son siège est à Strasbourg mais elle ressortit au parlement de Metz qu'elle quitte en 1720. l'organisation prend forme et l'intendant dispose donc, en droit, des moyens nécessaires pour assurer sa mission. Ces moyens semblent bien limités : 20 archers seulement pour la province naissante, c'est déjà bien peu ! La réalité est pire encore. Les effectifs sont en effet loin d'être réalisés. Le recrutement n'est pas aisé et les gages très irréguliers n'incitent pas au volontariat.

Ainsi en 1662, 2000 livres sont prévues pour la solde des officiers de la grande prévôté d'Alsace, mais ces 2000 livres ne seront pas dépensées « attendu qu'il n'y a personne de pourvu ». En cette même année 1662, le prévôt d'Alsace n'est point encore recruté. En 1674, pour le seconder, « le roy veut bien entretenir deux archers du prévôt mais pendant le quartier d'hiver seulement »....
Ce n'est qu'en 1682, quand l'Alsace prend enfin vraiment forme de province, que l'intendant Lagrange obtient tout de même un lieutenant et quinze archers, une partie restant à Strasbourg, « l'autre agissant dans le reste du pays ». Tout ne va pas pour le mieux et la misère de la maréchaussée semble intense et générale. Ainsi en 1668, une requête visant à une augmentation de solde est présentée par les dix archers de la maréchaussée en résidence à Strasbourg.

Les gages sont insuffisants et payés très irrégulièrement aussi en 1694, le prévôt général explique-t-il au secrétaire d'État Barbezieux que la plupart des archers vont à pied et que certains n'ont pas perçu leurs gages depuis trois ans. 

Cependant, d'autres problèmes se posent à la gendarmerie d'Alsace. Tout d'abord la vénalité et l'hérédité des charges n'arrangent pas toujours les affaires : dans la même lettre datée de 1694, le prévôt général précise qu'à la suite du décès du titulaire, sa veuve ne se presse pas de vendre la charge dont elle a hérité et de ce fait « il y a encore 10 mois qu'il n'y a point d'officier de la Maréchaussée à la résidence de landau ; or, c'est un endroit où il y a plus d'affaires qu'en aucun autre d'Alsace ». par ailleurs, l'histoire succincte du rattachement de l'Alsace à la France laisse présager des conflits de compétences entre villes libres et seigneuries d'une part, et pouvoir central d'autre part. La Maréchaussée souffre de ces luttes d'influence, les les seigneuries et villes libres acceptant difficilement les décisions royales souvent synonymes de taxes et de corvées. Elle connait aussi ses premiers troubles sociaux et elle doit réprimer les « cabales et rebellions » de Ferrette, d'Orbey et de Dannemarie. Elle se retrouve seule, sans soutien de l'Armée qui répugne aux missions de maintien de l'ordre.

Ces trente-six années d'existence de la jeune maréchaussée d'Alsace n'ont pas été faciles, elles constituent u e sévère expérience pour une troupe aux effectifs insuffisants et aux conditions de vie parfois précaires. Si les effectifs n'évoluent pas, une réorganisation est cependant entreprise en 1697. la Maréchaussée d'Alsace, sous les ordres du prévôt général de Strasbourg, comprend alors trois lieutenances :
Brisach, pour la Haute-Alsace ;
Strasbourg et landau pour la Basse-Alsace.

Chaque lieutenant a sous son autorité : un procureur du Roi, un exempt, un greffier, six archers (dix à Strasbourg).

Le cas de Strasbourg est un peu particulier. La ville libre a conservé son autonomie d'administration notamment en matière de police et de de justice. Il convenait de plus de ne créer aucun incident inutile ou fâcheux ni de se heurter aux coutumes locales. Les attributions de la Maréchaussée demeurent certes entières dans le domaine de la police militaire, mais la surveillance et la répression des délits commis par des civils restent de la compétence des « Fausthammer » et des « Blaumäntel », citoyens choisis au sein des corporations et qui restent en placent jusqu'à la Révolution.

Pendant longtemps donc, la Maréchaussée ne joue qu'un rôle secondaire à Strasbourg. Ses activités se limitent souvent à la chasse aux déserteurs, fort nombreux à cette époque. Un véritable système de passeur s'est établi entre les deux rives du Rhin. Il part de la Rupprechtsau (aujourd'hui la Robertsau) lieu de promenade non loin des portes de la ville, discret et couvert de bosquets, où il est facile de se dissimuler. Il est alors aisé de traverser le Rhin, non encore domestiqué à l'époque. Aisé si l'on ne se fait pas prendre, la peine de mort ou les galères au mieux étant là pour dissuader les tièdes. De nombreuses demandes sont adressées à la Maréchaussée pour qu'elle assure des patrouilles du côté de ce point de passage. Le résultat de ces recherches est très aléatoire, si l'on considère qu'entre le moment où l'on repère les déserteurs et l'arrivée de la patrouille, plusieurs heures ont pu s'écouler.

à suivre...........
 
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