Adjudant-Chef Hubert CLÉMENT, 25 novembre 1955

  • Michel GERMAIN
  • Histoire

Hubert, Benjamin CLÉMENT, dernier d’une fratrie de 4 enfants, naît sur la terre d’Algérie au cours de l’hiver 1915, le 14 décembre. Il reçoit le prénom de son oncle, tué en 1914 sur le front de la Meuse.
En 1946, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale il est admis dans la Gendarmerie. Après avoir combattu dans les rangs de la première armée pour la libération de la France en passant par l’Afrique et l’Italie, le sergent Clément, démobilisé, rentre en Afrique du Nord; et est intégré au corps des sous-officiers de carrière de l’arme de la Gendarmerie Nationale après avoir brillamment satisfait aux examens d’entrée, successivement, en tant que Major d’entrée et de sortie de sa promotion.

 

Après une période de formation initiale et d’instruction à Oran il est tout d’abord affecté à la Brigade de Montagnac (Remchi). Comme Gendarme il se révèle être « un élément plein d’allant et très efficace dans toutes les missions qui lui sont confiées. » S’intéressant tout particulièrement dans la spécialité radio des transmissions il excelle dans ce domaine et obtient le certificat de spécialiste radio ainsi que le brevet du premier degré des transmissions avec de brillants résultats.

Un témoignage de mérite avec gratification lui est conféré par le Ministre de la guerre lui même lorsqu’en mars 1947 il parvient par hasard lors d’une patrouille à mettre la main sur l’arme d’un crime commis quelques mois auparavant. Après avoir demandé la réouverture de l’enquête et ce contre le soutient de sa hiérarchie il parvient après une investigation personnelle à démasquer le véritable auteur d’un crime pour lequel un innocent était incarcéré depuis plus de trois mois.

 

Sa hiérarchie d’autre part lui adresse deux lettres de félicitations récompensant « son zèle exceptionnel en matière judiciaire » et sa compétence respectivement en matière d’entretien du casernement des brigades de gendarmerie et de dépannage radio.

En 1950, il est admis à l’examen d’officier de police judiciaire une fois encore comme Major de promotion. De fait, il est proposé pour les galons de Maréchal des Logis-Chef par le colonel commandant la 10e Légion de Gendarmerie en Algérie. Refusant sa promotion il suscite un temps l’incompréhension de sa hiérarchie et de ses pairs.

A l’été 1955, la brigade de Sebdou sur la frontière algéro-marocaine qui couvre un territoire très vaste est confrontée avec le début de la guerre d’Algérie à une situation de crise. La ville constitue le lieu d’affrontements quotidiens et assume un climat d’instabilité récurrent qui mène le chef de brigade à enfermer son effectif dans les locaux du casernement. L’ensemble du personnel affecté, sujet à une très forte baisse de moral adopte une attitude défensive et perds la maitrise du territoire, se trouvant débordé par les évènements de l’insurrection.

 

Le 1er Aout, le Gendarme Clément faisant état d’une réputation d’exception est nommé commandant par intérim de la brigade de Sebdou avec pour instruction de remédier à cette situation. Le commandement de la brigade lui est définitivement attribué de manière exclusive lorsque le 1er Novembre il est promu d’office au grade de Maréchal des Logis-Chef par décision ministérielle. Réorganisant le service et les opérations de la brigade, il multiplie les patrouilles et les opérations de ratissages. Il parcourt notamment sur son initiative personnelle, seul, à cheval les douars les plus reculés de la province de Tlemcen pour fédérer les populations musulmanes et obtenir des renseignements.

 

En l’espace de quelques mois, il parvient à mettre en œuvre la fragilisation des réseaux du FLN et à reprendre le contrôle de sa circonscription. Récupérant de nombreuses armes de guerre, et faisant beaucoup de prisonniers il devient très gênant pour la rébellion. En effet, la ville de Sebdou constitue l’un des points de passages majeur des troupes de l’ALN depuis le Maroc. Il s’agit pour les forces du front de libération national d’une porte d’accès incontournable vers l’Oranie ce qui les conduit à placer une somme élevée sur sa mise à mort. Sa tête mise à prix il fait l’objet de deux tentatives d’assassinat ratées.

Le 25 novembre 1955, il fait l’objet d’une troisième et dernière tentative d’assassinat de la part du FLN. Pour l’occasion le FLN organise la marche d’une Katiba d’une centaine de combattants vers Sebdou.

 

Sur ordre du Capitaine PIERRON, commandant la compagnie de Tlemcen, un détachement de la brigade de Sebdou doit être envoyé vers Beni-Bahdel le 24 novembre, son retour est prévu le lendemain soir. Par conséquent, après avoir participé à une opération de police au cours de la journée du 25 novembre, le détachement composé de 5 gendarmes aux ordres du Maréchal des logis-Chef prend le chemin du retour. Vers 18h30 à la tombée de la nuit le détachement prend la route. Il est divisé en deux véhicules qui roulent à une centaine de mètres de distance l’un de l’autre pour parer justement à toute embuscade. Le véhicule VLTT dans lequel a pris place le Chef de patrouille, le Maréchal des logis-Chef Hubert CLÉMENT roule en tête conduit par le Gendarme BAYEUX son chauffeur. Dans le second véhicule, une Jeep « Willys », à prit place le Maréchal des logis chef SCHMITH, ainsi que les gendarmes HUGUET et HAURET-CLOS. Phares allumés, les véhicules roulent vers Sebdou et empruntent un itinéraire bis à la route principale qui consiste par le passage des Azail, à proximité du Douar du même nom.

Les éléments rebelles de l’ALN ayant eu des renseignement sur l’itinéraire prit par la patrouille se place peu après la traversée du Douar Azail au niveau d’un virage dangereux sur une zone accidentée.

 

Soudain, après un virage accentué, le premier véhicule arrive au niveau du virage et devient la cible d’un déluge de feu. Une cinquantaine d’armes automatiques légères ainsi qu’une mitrailleuse lourde tirent sans discontinuer sur le véhicule qui les pneus avant crevés fait une embardée et quitte la route. Dès les premières rafales, le Maréchal des logis Chef CLEMENT est frappé d’une balle sur le côté gauche de la tête. Le Gendarme BAYEUX toujours conscient ne parvient pas à maintenir le véhicule qui fait 9 « tonneaux » avant de s’immobiliser en contrebas contre un rocher au fond d’un ravin. Au cours des secousses reçues par le véhicule, la portière du conducteur s’ouvre et le Gendarme BAYEUX est éjecté du véhicule.

Après une dizaine de minutes, la nuit est tombée, le Maréchal des logis Chef reprends ses esprits et constate simplement qu’une grande quantité de sang découle de son visage. Récupérant les « quartz » de la radio de véhicule, ses documents et son armement il quitte le véhicule et remonte vers la route. Les feux du véhicule toujours allumés, il entrevoit une ombre passer devant le véhicule. Il appelle à voix basse son chauffeur à plusieurs reprises avant d’ouvrir le feu. Celui-ci se manifeste et retrouve son chef de patrouille. Blessé au front et à la main gauche, le Gendarme BAYEUX a perdu son armement lors de la chute du véhicule. Ils décident cependant ensembles de remonter vers la route pour prévenir l’arrivée du second véhicule. Le maréchal des logis Chef casse les feux de la VLTT pour profiter de l’obscurité.

 

Tous deux arrivés à la lisière de la route, ils constatent que les rebelles sont toujours présent sur le flanc de l’autre côté et que ceux-ci progressent vers la route. Entendant au loin l’arrivée du second véhicule, Hubert CLÉMENT ouvre le feu en direction de la route. Prévenus de l’embuscade par les échanges de tir, le second véhicule s’arrête in extremis le long de la route à quelques mètres du lieu de l’embuscade. Ils tentent ensembles, l’un après l’autre, en courant, de traverser la route pour rejoindre les rescapés du premier véhicule. Après s’être regroupés, les gendarmes se placent en contrebas et sont peu à peu obligés de reculer vers le fond du précipice devant la progression ennemie. Le maréchal des Logis Chef Hubert CLÉMENT décide de tenter une percée pour sortir de l’encerclement. Le gendarme HAURES-CLOS équipé d’un fusil de précision abat les servants de la mitrailleuse lourde. Dès lors, les gendarmes s’enfoncent vers l’emplacement de la mitrailleuse d’où ne leur parvient plus de résistance. Ils récupèrent la mitrailleuse, et constatent avoir mis hors de combat plusieurs adversaires.

 

Après une marche de plusieurs heures le groupe de militaires parvient à regagner la brigade vers 22h. Là, le médecin local vient constater l’état des blessés. Hubert CLÉMENT qui saigne abondement de la tête s’aperçoit qu’un projectile est encore dans son crâne. Le médecin impose alors son admission à l’hôpital Militaire de Tlemcen. Le chirurgien diagnostique « plaie par balle du crâne, le projectile après avoir traversé le pare-brise est venu se loger dans la tempe gauche du blessé sans traverser le crâne ».

Pour cette action, il est proposé pour l’attribution de la Médaille de la Gendarmerie nationale ce qui fait de lui le 206éme décoré de cette rare distinction qui comporte son inscription au Livre d’Or de la Gendarmerie Nationale. La médaille de la Gendarmerie fait l’objet d’une certaine marque de prestige au sein de l’armée, particulièrement au sein de l’arme, puisqu’à cette date près de 70% des attributions de cette décoration sont faites à titre posthume.

 

Frappée d’un heaume reposant sur une épée dirigée vers le haut, on peut y lire l'inscription « Gendarmerie nationale », le revers portant une couronne de laurier avec pour mention « Courage, discipline »; sa bélière elle représente une grenade enflammée encadrée par des feuilles de chêne.

 

Pour le ministre de la défense nationale le caractère exceptionnel de la Médaille de la Gendarmerie se légitime incontestablement car : « il est souhaitable que le militaire objet de félicitations ou de gratifications particulièrement élogieuses put en témoigner toute sa carrière, non seulement auprès de ses chefs, mais aussi auprès de ses camarade, de sa famille et de la population ».

Adjudant-Chef Hubert CLÉMENT, 25 novembre 1955
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