La Gendarmerie en Polynésie Française (1843 à 1897)

  • Michel GERMAIN
  • Histoire

Lors de son troisième et dernier voyage, de 1776 à 1779, Cook revint en Polynésie et séjourna à nouveau à Tahiti du 14 août au 8 décembre 1777. Il ramenait Omai qui, plus heureux qu’Ahutoru, regagna sa patrie. En effectuant la traversée depuis la Nouvelle-Zélande, il avait découvert les îles Tubuai où les mutinés de la Bounty feront escale en 1788. Mais cette fois, l’essentiel de sa mission l’appelait dans le Pacifique Nord et c’est en remontant vers les îles Hawaii qu’il reconnut, le 25 décembre, la petite île qui conserva le nom de Christmas.

Quand le gouverneur BRUAT arriva à Tahiti, à bord de la frégate « Uranie » le 4 novembre 1843, il avait emmené avec lui le maréchal des logis de gendarmerie Joseph PRAT, ancien de la Garde municipale de Paris d'abord désigné pour servir aux Marquises, annexées depuis 1842. La reine Pomare IV est destituée le 6 novembre par l'amiral DUPETIT-THOUARS.

Un arrêté du gouverneur du 7 novembre 1843 réforme la police indigène qui était entre les mains des mutoi.

 

L’office de mutoi a été créée à Tahiti pour la répression de ceux qui circulent pendant la nuit en commettant le désordre.

Une escouade de Gendarmerie blanche en prenant des hommes dans les différents corps de la place est créée à sa place.

 

Le sergent ROBERT du 1er régiment d''Infanterie de Marine, en prend le commandement provisoire, comme maréchal des logis de gendarmerie.

Le maréchal des logis PRAT est directeur de la police. C'est lui qui, le 3 mars 1844, arrêté le consul anglais PRITCHARD, sur ordre du commandant militaire de Tahiti, au moment où il s'apprêtait à embarquer sur un vaisseau anglais. PRAT est affecté par la suite aux Marquises.

Une désastreuse expédition militaire et navale à Huahine, menée par le commandant BONARD en janvier 1846, fût repoussée par le reine Teri'itaria et coûta de lourdes pertes aux troupes françaises. Cette défaite déclencha des attaques contre Papeete, en mars et des représailles de BRUAT à Punaauia, en avril et mai. Cependant, l'arrivée des renforts de France et la pénurie de provisions dans les camps tahitiens commencèrent à affaiblir la résistance. La conclusion se joua dans un assaut par surprise sur le camp de la Punaruu, le 17 décembre 1846, et au col de la Fautaua, mettant fin à toute résistance dans les deux camps rebelle.

 

Une ordonnance du roi, en date du 17 octobre 1846, crée pour les service des Établissements française de l'Océanie (E.F.O), un détachement de gendarmerie à cheval, commandé par un lieutenant ou sou-lieutenant, d'un maréchal des logis faisant fonction de trésorier, de trois brigadiers et de 15 gendarmes.

 

Le 4 mai 1847, 23 gendarmes et 30 chevaux débarquent de la corvette « Loire » pour créer le détachement de l'Océanie-Tahiti. Les trois gradés composent le détachement, le maréchal des logis GARGUET, les brigadiers TALBOT et LESCOURT, un troisième brigadier est décédé durant la traversée. Le lieutenant DUGAT arrivé quinze jours après prend le commandement du détachement à cheval de l'Océanie-Tahiti.

Un autre détachement à pied est créé au même moment à Taiohae sur l'île de Nuku-Hiva.

 

Le maréchal des logis PRAT est revenu à Tahiti comme commissaire de police.

Les officiers et gendarmes remplissent déjà les fonctions administratives et judiciaires importantes. Le lieutenant DUGAT est nommé procureur du Roi près la Cour d'appel et le tribunal de premières instances, puis chargé des affaires européennes, enfin président de la Chambre des mises en accusation.

Dès le 16 août 1847, le village de Papara se voit attribué un poste de gendarmerie. Le gendarme THIBAUDIÈRE se noie dans la passe à Paea, où il est dévoré par les requins.

 

Le 1er mai 1849, PRAT est nommé sous-lieutenant est dirigé sur la Martinique. Il devait prendre sa retraite comme capitaine commandant l'arrondissement de Saint-Omer.

En novembre 1850, le lieutenant DUVAL qui remplace le lieutenant DUGAT promu capitaine, est nommé directeur de la douane, avec un gendarme remplissant les fonctions de brigadier.

Les Marquises étant colonie française possèdent de leur côté un détachement de gendarmerie commandé par un lieutenant.

Le 10 décembre 1851, un nouveau détachement à pied est créé par les décrets du 12 novembre et 1er décembre 1851. Celui-ci devait être composé d'un maréchal des logis, un brigadier et huit gendarmes, il sera installé à Tahiti, à l'effectif d'un lieutenant, un maréchal des logis, 1 brigadier et deux gendarmes.

 

Le passage de l'escadre anglaise de l'amiral MORESBY à Fakarava et Anaa en août 1852 échauffe les esprits : la population s'arme contre les français. Le commandant français de BOVIS avec l'aide efficace du Père CLAIR rétablit le calme dans l’atoll sans un coup de feu. Mais le 15 Octobre, la lettre du régent TEINT annonçant sa conversion au catholicisme et surtout celle de son père, soulève l'opposition farouche de Mapeura : "Je soutiendrai toujours les américains et les anglais contre les français" dit-il. Les habitants du village de Putuahara l'appuient dans sa rébellion.

 

Le 9 novembre, le Père Fouqué est assommé et jeté comme mort dans le lagon. Le brigadier VIRY, apprenant qu'une réunion séditieuse se tenait dans une case, il s'y rendit seul et sans arme. Au moment où il entrait un indigène le harponna à plusieurs reprises. VIRY put se sauver jusqu'au presbytère, mais les énergumènes le poursuivirent et l'achevèrent en lui tranchant la têt d'un coup de hache. Les responsables de ces exactions vont se cacher dans une grotte secrète située à l’extrémité sud de l’atoll de Anaa, la grotte Faitiga. Le gendarme EON qui se trouvait sur un autre point de l'île recueillit le missionnaire et pu faire prévenir le gouverneur. Le Gouverneur PAGE ne donne de réponse que trois semaines plus tard. En décembre 1852, tous les français présents à Anaa adressent une longue plainte et réclamation pour n'avoir pas été secourus par le Gouvernement du protectorat. Les français tardent à arriver.

C’est le 4 décembre seulement, que l’Hydrographe commandé par PARCHAPPE, suivi bientôt du Phoque du capitaine LE BRIGANT arrivent à Anaa. Après enquête, Le capitaine conclut à l'innocence des missionnaires. Le gouverneur PAGE, mécontent de ce rapport, le relève de son commandement et le remplace par PARCHAPPE. Celui-ci, aidé de volontaires tahitiens, fait une répression sévère. Il fait pendre, sans que les pères puissent intervenir, cinq hommes dont un catholique innocent, TEMUTA.

 

A partir de novembre 1854, le poste de gendarmerie à pied de Taiohae est remplacé par le poste de Nuku Hiva.

Le 20 janvier 1859, la gendarmerie à cheval est supprimée dans les Établissements de Tahiti et dirigée sur la Nouvelle-Calédonie. Le Gouverneur SAISSET crée une brigade de lanciers tahitiens dits mutois pour desservir les postes extérieurs.

 

« Armés d’une lance avec flamme, ils porteront une tunique en cotonnade bleu de ciel, un pantalon en cotonnade blanche avec une bande rouge, un chapeau de paille avec un ruban rouge, des souliers avec éperons, une chemise blanche, une cravate noire en satin turc. » (Message de Tahiti du 19 décembre 1858)

 

Chaque mutoi touchera 30 francs par mois. Leurs chevaux seront fournis par le Service des transports généraux. Il ne semble pas qu’ils aient eu de fonction proprement policière. Ce sont des courriers à la disposition de l’administration pour le service des correspondances et des liaisons entre Papeete et les postes extérieurs. Ils servent aussi d’escorte au Gouverneur et on les voit figurer dans les parades aux côtés des lanciers de la Reine. (message de Tahiti du 23 janvier 1859).

Comme les Établissements de l'Océanie sont divisés en deux gouvernements (Taîti et la Nouvelle-Calédonie). Le décret du 18 février1860, réorganise la gendarmerie de l'Océanie.

L'effectif de Taïti est fixé à 16 sous-officiers, brigadiers, gendarmes et enfant de troupe;

L'effectif de la Nouvelle-Calédonie est fixé à 30 officiers, sous-officiers, brigadiers, gendarmes et enfants de troupe.

Le 9 mars, le détachement à cheval est déplacé sur la Nouvelle-Calédonie.

 

Après la période de pacification, les effectifs sont considérablement réduits. Une brigade à un brigadier et deux gendarmes à pied est créée à Moorea le 16 mars 1861. Mais le 31 octobre de la même année, elle est supprimée pour être transformée en un poste à un gendarme. En 1862, le détachement ne comprend plus que 1 maréchal des logis-chef à pied, deux brigadiers et douze gendarmes, avec deux brigades, l'une à Tahiti, l'autre à Taio-Haé (Marquises).

Le poste de Papara est réoccupé en janvier 1863, une brigade est créée à Punaauia le 29 février 1864 et un poste est ouvert à Atimaono en 1865.

 

En 1868, le détachement est à nouveau augmenté et comprend 1 lieutenant, 3 gradés, 20 gendarmes et 1 enfant de troupe. Les services rendus par les gendarmes dans tous les domaines font augmenter l'effectif qui passe en 1889 à:

  • 1 lieutenant;

  • 7 gradés;

  • 30 gendarmes.

De 1869 à 1873, d'autres unités sont créées à Paea – Tiarei – Pueu.

 

Le brigadier GÉRARD, de la brigade de Taïo-Haé, décède après un traitement de deux ans et demi pour aliénation mentale, suite d'une chute en mer, où il a eu la tête prise entre un navire de l'Etat et une baleinière.

 

Le 6 novembre 1877, une brigade de gendarmerie est installée à Taahuku pour veiller sur l'exploitation agricole du colon John Hart, mais les gendarmes ont reçu l'ordre de ne pas sortir de cette vallée, même pour se promener car celui qu'ils protègent a lui-même tué d'un coup de revolver, quelques mois auparavant, un chef marquisien des plus redoutés. De temps à autre, un navire de guerre tente de faire impression par quelques tirs de canon au hasard dans les vallées les plus hostiles. Ainsi, en juin 1879, six personnes ont été sacrifiées, dépecées et brûlées, puis un colon suédois assassiné. En représailles, une expédition punitive d'une compagnie de marine, appuyée d'une pièce de canon, est débarquée à terre par l'aviso La Motte-Piquet, mais se voyant en fâcheuse posture sous des feux nourris, elle ne peut tenir à terre plus d'une heure ; « Il en fut de cette démonstration comme de toutes les autres ; elle ne pouvait être d'aucune utilité dans un pays accidenté où il est impossible de poursuivre les fuyards. Ce qu'il fallait, c'était un établissement permanent3 ». En août 1879, venant de Tahiti, un détachement de 26 hommes sous le commandement d'un lieutenant est amené à Hiva Oa, (alors appelée La Dominique) pour y construire un fort à Taahuku. Cependant, la garnison est obligée à faire montre sur place de « la plus extrême prudence », ne pouvant contenir à elle-seule les menées belliqueuses des populations de la grande île. Le poste militaire sera attaqué et les missionnaires Anschaire et Fréchou échappent de peu à la mort.

En 1879, dans une lettre au commissaire de la République Chessé, le ministre de la Marine et des Colonies avoue qu'il s'est demandé s'il ne vaudrait pas mieux abandonner l'Établissement des îles Marquises devant le peu d'avantages retiré. Toutefois, en juin 1880, le ministre donnera l'ordre au contre-amiral Bergasse Dupetit-Thouars, alors commandant en chef de la Station navale du Pacifique, de prendre ses dispositions pour procéder à la pacification de l'archipel.

 

En 1880, DELAPORTE est félicité « pour les travaux de route remarquables qu'il a fait exécuter, prenant lui-même la pelle et apprenant aux indigènes à travailler ». On remarque des murailles de soutènement de 5 à 6 mètres de hauteur sur 10 à 15 mètres de longueur.

 

En 1882, l'amiral DUPETIT-THOUARS félicite le gendarme RICHARD et la brigade de Hiva-Oa « pour avoir pris part à la pacification du Groupe-Sud-Est des Marquises et avoir fait percer la plupart des voies de communications entre les vallées. Une brigade est installée à Atouana.

Le décret du 30 mai 1893, augmente l'effectif de 1 brigadier et 4 gendarmes à pied ainsi que de deux enfants de troupe. Cette création d'emplois a permis la création d'une brigade aux Tuamotu établie à Fakarava avec poste à Rangiroa, Takaroa, Rairoa, Hao. Le poste d'Anaa est supprimé.

En 1896, le gendarme BELLISENT est cité pour acte de courage et de sang-froid, ayant au péril de sa vie empêché l'assassinat d'une personne dont il avait mission d'assurer la protection, en désarmant son agresseur.

 

Par le décret du 23 mai 1897, il est créé à Papeete une troisième brigade de gendarmerie à pied composée de 5 hommes, y compris un maréchal des logis comme chef de poste. Suite à l'annexion définitive des Îles sous le Vent, le 4 novembre 1897 une brigade est créée à Raiatea et deux postes à Bora-Bora et Huahine.

Monument à la mémoire du brigadier VIRY
Monument à la mémoire du brigadier VIRY

Monument à la mémoire du brigadier VIRY

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