LE DÉTACHEMENT DE GENDARMERIE A PIED DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE 1851-1878

  • Michel GERMAIN
  • Histoire

Le commandement de la gendarmerie en Nouvelle-Calédonie

L'ordonnance du roi, créée à compter du 17 octobre 1846 pour le service des Établissements français dans l'Océanie, un détachement de 20 hommes de gendarmerie à cheval, composé:

  • 1 lieutenant ou sous-lieutenant, commandnat du détachement;

  • 1 maréchal des logis, remplissant les fonctions de trésorier;

  • 3 brigadiers;

  • 15 gendarmes.

Ce détachement recevra la solde et autres allocations attribuées à la gendarmerie coloniale.

Le 12 décembre 1851, un détachement de gendarmerie à pied est créé, il est sous ordres d'un maréchal des logis et comporte un brigadier et huit gendarmes. Le 1er décembre, il est placé placé sous l'autorité d'un officier du rang de lieutenant ou sous-lieutenant.

En novembre 1850, les Mélanésiens tuèrent 12 marins français débarqués du navire L'Alcmène. En représailles, sous les ordres de Napoléon III, le contre-amiral Febvrier-Despointes prit possession à Balade (extrémité nord), au nom de la France, de la Grande Terre (le 24 septembre 1853) et ensuite de l’île des Pins (le 29 septembre). Repartant peu après, il laissa l’un de ses officiers, le capitaine de vaisseau Tardy de Montravel, gérer cette nouvelle colonie. Celui-ci crée un poste de gendarmerie en 1863 à Pouébo, et fonde Port-de-France, rebaptisée en 1866 Nouméa.

Vu le décret du 12 novembre 1851, créant un détachement de gendarmerie française pour le service de l'Océanie.

Considérant que les Établissements en Océanie étant en deux gouvernement (Taïti et la Nouvelle

-Calédonie), il importe d'organiser séparément les détachements de gendarmerie employées dans ces deux îles.

Le décret impérial du 18 février 1860, fixe l'effectif du détachement de la Nouvelle-Calédonie à 30 officiers, sous-officiers, brigadiers et gendarmes.

  • 1 lieutenant;

  • 1 maréchal-des-logis à cheval;

  • 3 brigadiers à cheval;

  • 15 gendarmes à cheval;

  • 1 maréchal-des-logis à pied;

  • 1 brigadier à pied;

  • 8 gendarmes à pied.

En 1860 Arama accueille les premiers missionnaires catholiques, installés sept ans plus tôt à Tiari. La Nouvelle-Calédonie acquiert au même moment le sattut de colonie. En 1864 et 1865, la france annexe les îles Loyauté, à l'est de la Grande Terre.

En Guyane, la France a installé un bagne mais les conditions climatiques et sanitaires sont difficiles. Aussi, l’empereur Napoléon III décrète-t-il, le 2 septembre 1863, que la Nouvelle-Calédonie devient un nouveau lieu de transportation. C’est ainsi qu’arrivent, neuf mois plus tard, à Port-de-France les 250 premiers bagnards. En 1864 un premier pénitencier est ouvert à l'île Nou, près de Nouméa. La Nouvelle-Calédonie devient terre de bagne pour des prisonniers de droit commun, des révoltés kabyles et des Communards, parmi lesquels Louise Michel et Henri Rochefort.

Soixante-quatorze autres convois se succèderont jusqu’en 1897. Les condamnés aux travaux forcés, appelés «transportés», développent la colonie en y édifiant des bâtiments et en construisant des routes et des ponts.

A compter du 28 janvier 1863, le détachement de Nouvelle-Calédonie sera commandé par un capitaine. Le lieutenant GEHIN est promu au grade de capitaine. Il conserve son commandement en son nouveau grade dudit détachement.

Port-de-France devient Nouméa en 1866.

Le décret du 23 décembre 1867, considérant que la force er la composition de ce détachement ne sont plus suffisantes pour satisfaire aux exigences du service de surveillance de cette colonie, qui renferme de nombreux établissement pénitentiaires.

D'après l'avis du ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, et sur le rapport du ministre de la guerre, l'effectif du détachement est porté à soixante-trois hommes, y compris deux officiers et un enfant de troupe.

  • 1 capitaine, commandant

  • 1 lieutenant;

ARME A CHEVAL.

  • 2 maréchaux des logis;

  • 3 brigadiers;

  • 22 gendarmes.

ARME À PIED.

  • 2 maréchaux de logis;

  • 1 maréchal-des-logis adjoint au trésorier;

  • 5 brigadiers;

  • 25 gendarmes;

  • 1 enfant de troupe.

En 1863, on découvre de l'or dans les rivières. Une ruée vers l'or, assez illusoire, dure un an; mais le gouverneur décide, devant l'affluence, la construction d'un poste de gendarmerie, qui est terminé en 1864 avait introduit une autorité concurrente avec les missionnaires, engendrant des interdictions supplémentaires.

En ce dimanche 6 octobre 1867, deux des gendarmes du poste de Pouébo, Bailly et Venturini, sont allés prendre le café chez un colon du voisinage. A leur retour, vers dix-sept heures, parvenus au pont de Boïvou, ils sont victimes d'un guet-apens tendu par Martin, le petit-chef de Bouhahibat, auquel s'étaient joints six autres kanak qu'il venait d'alerter.les deux gendarmes sont tués à coups de casse-tête et leurs corps cachés dans le ruisseau. Pendant deux bonnes heures, le silence. Puis à la nuit tombée, les assassins se dirigent vers l'habitation d'un premier colon; qui est absent. Son magasin est pillé pendant que Martin et ses acolytes se rendent chez les Déméné; le père, ses deux plus jeunes enfants et un serviteur sont tués, la mère et les deux autres garçons sérieusement blessés, parviennent à s'enfuir.

Au petit matin, Martin est tué d'une balle. Le mouvement s'arrête et les agresseurs disparaissent. Dès l'alerte, le troisième gendarme s'est réfugié à la Mission, chez le père Villard.

Des renforts furent envoyés à Pouébo, gouverneur aurait souhaité, comme à l'ordinaire lancer une expédition militaire exemplaire destinée à châtier une tribu, qui depuis plusieurs années lui résiste. Le procureur impérial Champestève, nouvellement installé chef du service judiciaire, met la machine judiciaire en route. Il procède aux premières auditions, et fait installer un poste militaire à Ouvanou, parmi les canaques chrétiens.

A la mi-décembre le procès tourne court à Nouméa. Un deuxième procès s'ouvre le 27 avril 1868. Le 9 mai, la sentence tombe, dix canaques sont condamnés à mort, treize aux travaux forcés et deux, dont le grand-chef, à six mois de prison. Le lundi 18 mai, dans l'après-midi, les dix condamnés sont guillotinés, en présence de tous les kanak de la tribu de Pouébo rassemblés sur ordre et placés sous la surveillance de l'autorité militaire.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre, les Ouébias emprisonnés dans le poste militaire s'évadent. Un détachement composé d'un caporal et cinq soldats est envoyé à leur recherche. Les six hommes sont retrouvés massacrés, un an jour pour jour après les meurtres de Pouébo.

Les soldats s'épuisent en marche forcées; leur colonnes se contentent de brûler les villages désertés et de saccager les plantations. La machine judiciaire est trop lente, trop lourde pour les résultats aléatoires. La politique de la terre brûlée et de la guerre à outrance et l'utilisation de kanak contre d'autres kanak est une politique qui s'avère payante.

BAILLY, Alfred, maréchal des logis, chef du poste de POUEBO

Extrait du registre des sépultures de la mission de Pouébo :

"""L'an 1867 et le 6 octobre ont été horriblement assassinés ceux dont suivent les noms : BAILLY Alfred, âgé de 40 ans, maréchal-des-logis, commandant du poste, VENTURINI Etienne, âgé de 33 ans, gendarme, attaché au poste, DEMENE Pierre, âgé de 42 ans, propriétaire, cultivateur, DEMENE Louise, âgée de 7 ans, fille de DEMENE Pierre, et le lendemain 7 du même mois ont reçu les honneurs de la sépulture et ont été ensevelis dans le jardin du poste."""

VENTURINI, (Etienne), gendarme au poste de Pouébo (Nouvelle-Calédonie).

Extrait du registre des sépultures de la mission de Pouébo :

"""L'an 1867 et le 6 octobre ont été horriblement assassinés ceux dont suivent les noms : BAILLY Alfred, âgé de 40 ans, maréchal-des-logis, commandant du poste, VENTURINI Etienne, âgé de 33 ans, gendarme, attaché au poste, DEMENE Pierre, âgé de 42 ans, propriétaire, cultivateur, DEMENE Louise, âgée de 7 ans, fille de DEMENE Pierre, et le lendemain 7 du même mois ont reçu les honneurs de la sépulture et ont été ensevelis dans le jardin du poste.

Le 19 juin 1878, à la Ouaménie, le gardien de la propriété de Dezarnaulds est assassiné à coups de casse-tête, comme sa compagne et son fils de trois ans. La grande révolte de 1878, commence. A la suite de cet assassinat, huit chefs de la région de Ouichambo sont arrêtés par le commandant du poste de gendarmerie de Bouloupari mais l'un d'eux, Poindi, assure que les assassins sont de Dogny.

Le 23 juin, les gendarmes de La Foa convoquent le chef de la tribu de Dogny et lui ordonnent de livrer les coupables, le chef refuse. Il est alors incarcéré à la gendarmerie de La Foa, ce qui provoque une grande colère. La prison est une simple baraque recouverte de paille et fermée par un cadenas. Le 25 juin, ils libèrent leur chef et assassinent les cinq gendarmes du poste. Sur leur route, ils exterminent les hôteliers de La Foa, puis trois familles et quinze condamnés et libérés. Sous le choc, les fonctionnaires de La Foa préviennent le poste de gendarmerie de Bouloupari mais le message est mal perçu. Le lendemain, les trois gendarmes de cette brigade sont tués à leur tour à coups de hache. Les canaques vont continuer leur chasse à l'homme, colons, fonctionnaires et leur familles. Des familles entières sont massacrées. Durant ces deux jours, 125 personnes seront massacrées par ceux qui encore la veille étaient dépeints par leurs victimes, comme de « grands enfants, parfois boudeurs, mais inoffensifs ».

Partout la colonisation ploie sous le choc. Le terrain est abandonné aux insurgés qui continuent de piller et d’incendier les habitations.

A Bouloupari, le pays est entièrement évacué. Les rescapés, réfugiés au bord de mer, sont embarqués pour Nouméa. A La Foa les 117 survivants sont regroupés au poste de Téremba, tenu par une garnison, où la défense peut s’organiser.

En brousse, la situation sera sauvée par le retournement des Canala, puissante chefferie de la côte est qui avait probablement participé au complot préparatoire. Grâce au renfort de ces “alliés” et aux troupes dépêchées en urgence de Nouméa, les premières représailles s’engagent dans la région de La Foa, desserrant l’étau autour de Téremba.

Bouloupari, puis Thio, sont réoccupés les jours suivants. Partout les colonnes d’infanterie de marine parfois flanquées d’auxiliaires kanaks, entrepren- nent des expéditions punitives, brûlant les villages désertés, saccageant leurs cultures, espérant affamer des rebelles insaisissables et obtenir ainsi leur reddition. Commence une longue traque, jalonnée par la création de postes militaires quadrillant le pays rebelle, qui va se poursuivre près d’un an, repoussant les insurgés, décimés, de plus en plus affaiblis, dans leurs derniers réduits de la chaîne centrale, des mangroves côtières ou des brousses lointaines.

Le colonel Gally-Passeboc organise une contre offensive militaire qui n'est absolument pas adaptée à la guérilla menée par les kanak. Gally-Passeboc est d'ailleurs tué dans une embuscade le 3 juillet 1878.

Le commandant Rivière prend alors la relève avec le soutien du Grand chef de Canala. Le 1er septembre 1878 Ataï et son "sorcier" sont tués à coups de de sagaie et décapités par Segou et ses hommes, des kanak de Canala.

Dans l'arrondissement d'Ourial, durant tout le mois de septembre, une colonne composée d'une vingtaine de soldats et de deux cent auxiliaires s'enfonce dans les vallées, brûle les villages, détruit les cultures et récupère armes et munitions volées aux militaires.

Les 11 et 12 septembre, 27 personnes sont abattues dans le secteur d'Houdaille, par les révoltés.

Les bâtiments de guerre, comme « La Motte-Picquet » apportent des renforts d troupes. Le 9 octobre, il part de Bourail pour ravitailler en vivres et munitions une colonne basée à Poya. Il est accompagné de trois canots qui ont pour mission de remonter le cours de la rivière. Le 15, les canots ne sont toujours pas à destination, l'inquiétude est justifiée: les équipages de la « Blanche, le Plouviro et le Youn Harry », en tout treize personne ont été massacrés. On ne retrouvera sur les berges de la Poya que « six paniers de chair humaine fraîchement cuite et désossée ».

Le 23 septembre, Bourail est déclaré en état de siège. A partir du mois d'octobre le nombre de concessionnaires s'alourdit de jour en jour, et le manque de militaires conduit le gouverneur à créer un corps francs de cavaliers déportés arabes. Ils reçoivent 10 francs par révoltés éliminé. On arme de chassepots les libérés et deux cents auxiliaires de Houailou viennent renforcer les effectifs militaires. Le 27 novembre, soixante-dix soldats d’infanterie de marine renforcent la garnison de Bourail et début janvier une colonne poursuit les insurgés depuis Gouaro jusqu'au Cap-Goulvain.

L'insurrection se terminera à la mi-avril.

Lorsque que la révolte éclate, le nombre de gendarmes et les moyens dont ils disposent sont dérisoires: trois à Bouloupari – deux à Tomo – deux à Bouraké – trois à l'embouchure de la Tamoa. La brigade de La Foa compte cinq gendarmes, le poste militaire de Téremba, trente soldats et à Canala, sur la côte Est, deux gendarmes et un maréchal des logis sont chargés du maintien de l'ordre. (Révolte, conflits et guerres mondiales en Nouvelle-Calédonie et dans sa région - Joel Dauphiné – L'Harmattan – 2008).

« le 25 juin 1878, GUTHEGESELLE, (Georges), commandant la brigade de Coëtempoé,est assassiné au poste de Gendarmerie de Bouloupari (Nouvelle-Calédonie)ainsi que SIMONNEAU, (Eugène) brigadier à la brigade de la FOA.

«Le 25 juin 1878 éclatait subitement en Nouvelle-Calédonie une révolte canaque à la suite des évènements suivants :

Le 19 juin, dans un centre européen à 25 kilomètres de Boulouparis un assassinat fut commis par des canaques sur la personne d'un français transporté libéré, d'une femme indigène et de leur enfant : les assassins étaient, paraît-il, de la tribu de Dogny. La Gendarmerie de La Foa et de Boulouparis, à proximité du lieu du crime mirent en état d'arrestation plusieurs chefs des tribus voisines, jusqu'à ce que les coupables fussent livré. Les recherches judiciaires continuaient lorsque dans la nuit du 24 au 25 juin la brigade de Gendarmerie de La Foa composée du brigadier Simonneau Eugène, des gendarmes Kerjouan Julien, Schmidt Jean et Berthelon Jean Marie fut surprise et massacrée par les canaques révoltés.

Ce fut le signal de l'insurrection.

On vit alors des hordes sauvages parcourant les centres d'Uaraï, Boulouparis, La Foa, semant sur leurs passages le pillage, l'incendie et le meurtre. Des atrocités sans nombre furent commises, les femmes, les enfants ne trouvaient même pas grâce auprès des assassins, leurs cadavres étaient violés, mutilés puis livrés aux flammes.

Des colonnes volantes composées de gendarmes, de marins et de soldats d'Infanterie de Marine furent organisées de tous les côtés pour venir au secours des colons. Le 26, l'une d'elles commandée par le Lieutenant de Gendarmerie Schenk quittait Bouraké à la pointe du jour avec l'ordre de se porter sur Boulouparis. Au moment de son arrivée dans cette localité, vers midi, un carnage épouvantable prenait fin. Une heure avant, trois cents canaques avaient cerné le poste de la Gendarmerie et massacré le brigadier Guthegeselle Georges, Léopold, les gendarmes Rolland Marius-Elisée et Peyrard Joseph Henri, le surveillant des lignes télégraphiques ainsi que le gérant des Postes et Télégraphes. Leurs cadavres retrouvés près de leur habitation incendiée portaient des blessures sans nombre faites à coups de hache et de casse-tête, mais toutes ces blessures reçues de face prouvaient que les victimes avaient vendu chèrement leur vie."

Vu le décret du 21 décembre 1867 fixant l'effectif de gendarmerie employé à la Nouvelle-Calédonie.

Considérant qu'en raison des nouvelles exigences du service de surveillance, il y a lieu d'augmenter cette force publique.

Le détachement est donc augmenté de 1 maréchal des logis, 3 brigadiers et 17 gendarmes à cheval. L'effectif passe à 83 unités et un enfant de troupe.

Quatre mois après ce précédent décret, Adolphe THIERS, Président de la république décide d'augmenter une fois l'effectif du détachement. Ce détachement est converti en une compagnie qui sera commandée par un officier supérieur du grade de chef d'escadron.

L'effectif est fixé ainsi:

  • 1 chef d'escadron;

  • 1 capitaine;

  • 1 lieutenant ou sous-lieutenant;

  • 1 lieutenant ou sous-lieutenant trésorier;

  • 1 maréchal-des-logis-chef à cheval;

  • 4 maréchaux-des-logis à cheval;

  • 9 brigadiers à cheval;

  • 60 gendarmes à cheval;

  • 2 maréchal-des-logis à pied;

  • 1 maréchal-des-logis à pied, adjoint au trésorier;

  • 5 brigadiers à pied;

  • 25 gendarmes à pied;

Soit 111 officiers, sous-officiers, brigadier et gendarmes et 4 enfants de troupe.

tombe collective à la mémoire des gendarmes tués en 1878
tombe collective à la mémoire des gendarmes tués en 1878

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