DÉTACHEMENT DE GENDARMERIE DES NOUVELLES-HÉBRIDES.

  • Michel GERMAIN
  • Histoire
DÉTACHEMENT DE GENDARMERIE DES NOUVELLES-HÉBRIDES.

Le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, en anglais New Hebrides Condominium, est le seul exemple connu dans l’histoire mondiale de la colonisation, où deux puissances impérialistes ont imposé une autorité conjointe à un même territoire.
A l’apogée de l’âge des empires, au tournant des 19èmeet 20èmesiècles, les Nouvelles-Hébrides étaient le dernier territoire d’Océanie à ne pas encore faire l’objet d’un contrôle ou d’une annexion coloniale. Les territoires placés sous l’autorité de la couronne britannique étaient les plus nombreux et les plus vastes : Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie, Salomon, Fidji, Tonga, îles Cook, Niue, Tuvalu, Kiribati, Pitcairn.
L’Océanie française était composée de la Polynésie Française, la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna. Le Reich allemand disposait en Océanie de la partie nord-est de la Nouvelle-Guinée, de Bougainville et de la partie septentrionale des îles Salomon, d’une grande partie des îles de Micronésie et des Samoa occidentales (à partir de 1914 les Samoa occidentales furent administrées par la Nouvelle-Zélande).

La création du Condominium résulte de tout un contexte de géo-politique spécifique au début du XXe siècle : après l'incident diplomatique de Fachoda, au Soudan, entre la France et le Royaume-Uni, cette dernière fait un revirement très sensible de politique étrangère à partir de 1901, et avec l'accession au trône du très francophile Édouard VII.
Le Royaume-Uni lança donc une politique surprenante de rapprochement avec la France, pour répondre à la montée en puissance de l'empire allemand, et trouver un allié solide : l'Entente cordiale. Pour concrétiser cette entente, régler les problèmes coloniaux entre les deux puissances était l'une des priorités. La France proposait d'échanger les établissements français dans l'Inde contre la Gambie, enclavée dans la colonie du Sénégal. Mais cette dernière était devenue protectorat britannique en 1894. Le deuxième choix, définitif, se porta alors sur les îles des Nouvelles-Hébrides, au Nord de la Nouvelle-Calédonie. Pour symboliser et concrétiser l'entente entre les deux états, les Britanniques proposèrent à la France de faire de la colonie un condominium entre les deux états, et les Britanniques demandèrent à la France de conserver les 5 comptoirs de l'Inde. La proposition fut saluée avec enthousiasme par la majorité des parlementaires des deux pays.

A défaut d’avoir été annexées par une puissance impérialiste ou placées sous une tutelle coloniale, les Nouvelles-Hébrides furent considérées jusqu’en 1906 comme terra nullius, c’est-à-dire, supposées n’appartenir à personne

En 1906, la France et le Royaume-Uni s'entendent pour administrer l'archipel conjointement. 2.12.1907

Les officiers au service de la Commission Navale Mixte devaient agir conformément à l’accord signé par la France et la Grande-Bretagne :
Règles directrices pour la Commission Navale Mixte
1.
En cas d’atteinte à la paix et au bon ordre dans n’importe quelle partie des Nouvelles-Hébrides où des ressortissants français ou britanniques peuvent être installés, ou en cas de menace à la sûreté, à la vie, ou à la propriété [des ressortissants français ou britanniques], la Commission se réunira immédiatement et prendra les dispositions les mieux adaptées aux circonstances, à la répression des troubles et à la protection des intérêts mis en danger.
2.
Aucun officier commandant naval français ou britannique n’agira de façon indépendante ou isolée, excepté dans les cas mentionnés ci-après.
3.
La force militaire ne sera pas requise à moins que la Commission ne considère son emploi comme indispensable.
4.
Dans l’éventualité d’un débarquement naval ou d’une unité militaire, cette force ne demeurera que le temps considéré comme nécessaire par la Commission.
5.
Lorsque les circonstances n’offrent aucun délai et quand l’urgence de la situation requiert une action immédiate avant toute réunion de la Commission, les officiers commandants français et britanniques les plus proches du lieu de l’intervention, si possible conjointement, ou séparément, si une action concertée est impossible, doivent prendre les mesures nécessaires pour la protection des intérêts en danger ; rapporter immédiatement une telle intervention aux officiers navals de leur hiérarchie respective et attendre les ordres de la Commission. Chaque officier supérieur de la marine, en recevant un tel rapport, le communiquera immédiatement aux autres officiers.
6.
La Commission n’aura pas d’autres pouvoirs que ceux qui lui sont expressément délégués par ces règlements. Elle n’interférera pas dans les litiges fonciers, et ne dépossèdera pas de leurs terres toutes personnes indigènes ou étrangères.
Signé à Paris, ce 26e jour de janvier, 1888.
(Signature) LYTTON
(Signature) FLOURENS



Le protocole commun de 1914 fut une consolidation de la convention de 1906 entre les Français et les Anglais. Il supprima la Commission Navale mixte. La juridiction du Tribunal mixte fut élargie pour inclure les offenses sérieuses commises entre insulaires. Un Tribunal indigène fut formé pour traiter des offenses mineures. Retardé par les bouleversements de la Première Guerre mondiale, il ne fut pas ratifié avant 1922.
Le protocole franco-anglais de 1914, prévoyait que :
Une force de police sera établie aux Nouvelles-Hébrides sous le nom de milice des Nouvelles-Hébrides, elle sera composée de deux divisions de forces égales, chacune restant sous les ordres de son Commissaire Résident respectif.

Le 3 mai 1914, un emploi de brigadier ou de maréchal des logis de gendarmerie adjoint à l'officier commandant la section française de la milice aux Nouvelles-Hébrides.

La force de police du condominium fut formellement constituée en 1923.
Pour des raisons pratiques, elle devenait un service du condominium pour une intervention commune des deux forces de police, la police britannique et la gendarmerie française. Les officiers étaient des expatriés et les agents subalternes étaient des Mélanésiens recrutés localement.

En juin 1940, la France signe l’Armistice avec l’Allemagne. Le Royaume-Uni poursuit la lutte contre les puissances de l’Axe ; le gouverneur Pélicier, gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, décide de continuer la lutte aux côtés des Anglais, le 20 juin 1940. Un mois plus tard, Henri SAUTOT, commissaire résident de France aux Nouvelles-Hébrides, il adresse à tous un télégramme de ralliement à la France libre. Il est ainsi le premier chef de territoire colonial à rejoindre le général de Gaulle.
Puis c’est au tour des colonies d’Afrique : le Tchad le 26 août 1940, puis le Cameroun le 27, le Congo et l’Oubangui le 28. Viennent ensuite, dans le Pacifique, les Établissements français d’Océanie, le 2 septembre.
Le 23 août, SAUTOT est chargé par télégramme de se rendre à Nouméa pour y assurer le ralliement de la Nouvelle-Calédonie en accord avec la population elle-même. Nommé par le général de Gaulle, le 13 septembre 1940, gouverneur de Nouvelle-Calédonie, il a pour mission de rallier le territoire à la France libre. A Port-Vila, la décision est prise d'agir. Le général de Gaulle envoie, le 20 septembre, un télégramme à Henri Sautot pour remercier les Néo-Calédoniens de leur engagement :
« Veuillez exprimer à la population calédonienne mes félicitations les plus chaleureux pour la fermeté et l’enthousiasme avec lesquels elle a manifesté son désir de redresser l’honneur et de continuer la lutte jusqu’à la victoire côte à côte avec nos alliés britanniques ; le ralliement de la Nouvelle-Calédonie, de Tahiti et des Nouvelles-Hébrides permet désormais à la France Libre de tenir haut sa place dans le Pacifique. Je compte qu’un grand nombre de volontaires viendront rejoindre les forces de la France Libre qui viennent justement d’être engagées contre nos ennemis. Vive la France. Vive la Grande-Bretagne. Vive la Nouvelle-Calédonie ».

Le détachement de gendarmerie a pris fin avec l'indépendance des Nouvelles-Hébrides le 30 juillet 1980 après deux ans de transition. L'État nouvellement créé prit alors le nom de Vanuatu.


CONDOMINIUM NOUVELLES HEBRIDES ;


Insigne porté par une organisation de Police mixte dont l'élément français est une brigade de Gendarmerie du détachement du Pacifique qui assure, en outre, l'encadrement de la Milice locale.

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